J’ai changé de monde

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Jakob Tory Bardou

un article de Marianne Ferrand publié le 2 Novembre 2016 sur Medium France.

Je suis étudiante en science politique, plus précisément en communication politique et institutionnelle. Avant, j’ai consacré trois ans de ma vie a étudier les médias, comprendre leur langage et le pratiquer (niveau C2 certifié / boum-boum). Puis trois ans à étudier le monde qui m’entoure et son coeur vibrant : la politique. Grand mot pour petite réalité. Trois années de sociologie politique m’ont donné envie de ne plus jamais tirer le rideau d’un isoloir. Et l’ensemble, médias qui parlent trop et se pâment devant les petits mots, hommes politiques à la recherche de pouvoir mais sans idéaux, me donne envie d’aller vivre dans la cabane au fond du jardin pendant longtemps. Pourtant, dans la vraie vie, je cherche un stage.

Politique molo-molo ?

Innocente, je pensais que vivant en France, bientôt diplômée d’un Bac+5 fournit par une université qui se contente de diplomer des élites qui se ressemblent, tout allait bien se passer. Le pouvoir était à portée de main, tout comme le stage de mes rêves. Etudier la communication politique une année d’élection présidentielle était une douce promesse. Et puis … Je suis arrivée à la conclusion que la politique n’était plus là où je la cherchais.

A la recherche du politique (en fleur)

Chez Aristote la politique était une science, la recherche d’un régime idéal de gouvernement. Chez Machiavel, c’était des techniques à destination des puissants souhaitant manipuler et influencer, prendre et conserver le pouvoir. Plus tard, le fait du Prince est passé de mode. On a coupé des têtes et cherché quels étaient les fondements de la légitimité du pouvoir. On a écrit une Constitution et les moyens de l’organisation de l’espace public se sont structurés dans “l’Etat”. Ils sont devenus notre administration, entitée titanesque en charge de lever l’impôt, défendre nos frontières et inventer des politiques publiques. Accompagnés des assemblées représentatives ils édictent des principes, des lois, des normes pour tous, chargés d’organiser la vie au sein de cette chose chérie que l’on nomme, nation. La nation, c’est nous, le peuple et puis un peu le territoire, accompagnés donc de cette entité hyper structurée, spécialisée et sectorisée en charge d’organiser tout notre bazar.

Mais aujourd’hui, l’Etat n’est plus le coeur du réacteur de la politique. Entendons nous bien, il régule (beaucoup) et encadre (trop) nos rapports. Il fait de nous une “société d’individus” (coucou Norbert Elias) : nous amène à incorporer des normes, un langage, une culture. Il gère et finance nos problèmes de santé, de défense et tant d’autres choses, grâce à nos impôts.En sommes il nous contrôle, nous contraint, mais jamais ne nous libère. Il n’est plus capable de nous donner envie de vivre ensemble et encore moins de réagir. Nous vivons ceinturés par les discours de ceux qui dirigent, dirigeront, voudraient diriger, pourtant la cité, l’espace du débat se vide. La politique telle qu’on la vit quotidiennement, n’est plus une source de progrès. Je crains que la démocratie ne nous ait bloqué. Couvert par le principe du droit de vote, le politique a abandonné la science et l’action au profit de la parole vaine et de son pouvoir discrétionnaire. A trop se rêver en démiurge notre Etat a cloisonné les communautés et épuisé les valeurs qui nous fondaient en tant que peuple. L’outil est ainsi devenu une arme qui ne s’autorise pas le meurtre de masse mais fait pire : nous pousse au suicide politique.

Time for a switch ?

Le plus fascinant dans tout cela, c’est qu’une révolution, il y en a une en marche. On l’appelle numérique et elle est politique. Déjà installée au coeur de notre cité, elle imprègne nos conversations, change notre manière de faire et de penser, transforme nos rapports et donc nos vies. Ce n’est pas une révolution qui vient de la rue, de l’industrie, des ouvriers. C’est une révolution du net, du logiciel, du geek dont nous sommes (presque) tous acteurs. L’agora n’est plus au coeur de la ville, elle est devenue un espace abstrait, impalpable que l’on nomme “cyber”. Et le pouvoir n’est plus dans l’urne mais entre les mains de ceux qui ont pris les rênes d’internet.

La révolution numérique, les politiques en parlent et la financent. Mais j’ai l’intuition que leur condition ne leur permet pas de comprendre les Robespierre, les Danton, les Charlotte Corday 3.0. Le politique n’est pas dans la Civitech mais entre les mains de ceux qui font tanguer le navireet tentent au nom de l’innovation et du progrès le tout pour le tout. Loin des services de renseignement, de l’espionnage de masse, on trouve des magiciens du hack qui cherchent à faire évoluer nos automatismes. Chez ces pirates, l’Etat n’est souvent qu’un monopole à abattre, la politique, rien d’autre qu’une carrière pour les faibles, pour ceux qui pensent encore à la mode du XXème siècle. Le pouvoir au peuple n’est plus un credo apte à faire vibrer le coeur des masses. Aujourd’hui, on concurrence l‘Etat qui abuse, se bloque, et ne ship pas comme il faudrait. On récupère de la data, on créé des algorithmes, on amplifie l’humain pour qu’il n’ait plus à se soumettre. On feind un mépris pour la politique mais, en vrai, on tente un putsh.

A l’heure où l’argument économique prime, à l’heure du DO, du hack, et de la disruption, quel est l’avenir de la politique? Quel est le rôle de ceux qui ont appris à observer et analyser cette matière mouvante qui aujourd’hui bug plus qu’une Livebox? Si le privé prend le public, où et comment agir ?

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À propos

Corruptio optimi pessima

Publié dans Lu dans la presse

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